"L'odeur insupportable du sang. La suffocation qu'elle engendre.
Il est mort.
Il est mort et je n'ai pas réécrit dans mon journal depuis. Je n'écrirai plus je crois : ma fin est imminente. Elles me disent que ma fin est proche, très proche. "Tu vas mourir ! Tu vas mourir !" Elle chantent gaiement et d'autres fois Elles préviennent. Elles ne me quittent pas la nuit et grâce à Elles je sais qu'une bombe se trouve sous la maison, que nous allons tous mourir dans une explosion parce qu'il s'est suicidé en vérité il n'est pas mort de vieillesse ou de maladie, je n'ai rien compris au diagnostic, aux mensonges qu'ils disaient, en vérité je vous le dis il est mort à cause de nous, il s'est tué de lassitude de tout et nous en 1er car nous sommes des parasites comme la dit l'oncle L., nous allons tous mourir, il faut payer la note. J'ai tout bien préparé. Regardez-moi. Je suis assise dans le train, près de la fenêtre, à l'écart. J'ai les cheveux relevés, je porte mon pull bleu ciel. J'ai 17 ans mais je suis belle encore même si personne ne m'aime. Mes soeurs sont belles aussi et ma mère l'était encore plus. C'était spéctaculaire il paraît, c'était une grande star de son temps, elle a inspiré les plus grand cinéastes. On me l'a dit et maintes fois répété, c'était tout le monde, c'était n'importe qui qui le disait, c'était même écrit, dans les journaux par exemple. A l'époque Elles n'étaient pas là pour me donner le la. (...)
Rachel ne faisait plus partie du système, je l'avais détectée comme nuisible et mensongère et je l'avais ejectée de ma sphère parce qu'elle me voulait le mal et la preuve c'est qu'elle adjurait que non mais c'était bien là la trace absolue qu'elle disait le contraire de ses intentions. Depuis que P. est mort et ma mère aussi en fait, parce que les deux c'était pareil, même si on me dit qu'elle vit toujours je ne la sens plus, je ne la perçois plus, d'ailleurs c'était quand la dernière fois que j'ai eu témoignage de son existence ? Pas important puisque désormais qu'Elles me disent la Vérité je n'ai plus besoin que de moi et bientôt je vais m'en extraire, de moi, je vais disparaître mais pas vraiment puisque je m'accomplirais ainsi. Quand le point de la fin s'est inscrit dans mon ventre tout au centre s'est ouvert et le reste de l'univers s'y est englouti, aspiré au dedans comme dans un trou noir, il n'y avait plus matière ni existence car je porte le grand vide en moi et tout le désarroi du monde. Plus rien n'existe après moi. Vous n'y survivrez pas.(...) Il ne faut pas que je m'en veuille ni que qui que ce soit, dis-je bien, m'en veuille si mes mots se démentèlent et ma pensée se décompose et que ça a l'air de ressembler à rien. Je suis à l'extérieur et dedans en même temps, et ce n'est pas tenable comme position, c'est pas super stable alors tout est en même temps, ça se superpose et se surimpresionne mais moi je comprends tout et l'essentiel est là même si on dira que ça n'a pas de sens, tout ce que je pense et profère, parce que ça tout le monde peut le voir, puisque je suis les autres en même temps qu'ils sont moi.
Je ne faiblira pas. Je franchira le pas. Celui qui permettra mon ascention au ciel."


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire