samedi 7 août 2010

Ecrire

Ecrire. Ecrire pour soi, non pour la gloire.

Sabine de Philippe Faucon


J'ai pu enfin voir ce film que je convoitais depuis mes 12 ans -notamment parce que les Cahiers du cinéma en avaient dit le plus grand bien mais aussi et surtout -à l'époque- parce que l'héroïne avait le même âge que moi. Sabine est un très bon film, très rare aussi. Il parle de la descente aux enfers d'une toute jeune fille avec pudeur et sobriété.
Il est étonnant qu'on ne parle pas plus de son auteur, qui a commis le génial Samia, un pur chef-d'oeuvre, d'autant que Faucon réunit des qualités artistiques qui nous rappelle Pialat ou, plus récemment, Kechiche. Etrange aussi que l'actrice principale, Catherine Klein, qui ressemble beaucoup à Kate Moss -mis à part les cheveux- et dont le jeu est prenant, n'ait pas fait plus parler d'elle.
Je ne peux que recommander à quiconque de voir ce film magnifique.

lundi 1 février 2010

Saïd redux


Il avait cet air impressionné qu’elle sut définir par la suite : cet air de crainte mêlée d’adoration, cet air qu’il empruntait automatiquement quand il se figurait être intéressé au point d’être amoureux. Cet air perdu, insane et ridicule à la fois. Ce factice des gens qui se mentent en premier lieu à eux-mêmes. Qui vivent d’expédients. De sentiments empruntés et recyclés à la fantasmagorie des romans à l’eau de rose et des films pornos s’emboîtant ou basculant à l’infini l’un dans l’autre. Ce transport infondé qui sustente l’être perdu, pétri d’ennui et de douleur, de désœuvrement et de vide. Ce transport qu’elle connaissait si bien pour l’avoir si fréquemment, à son détriment, inspiré. Ce transport qu’elle connaissait bien surtout pour l’avoir éprouvé, car elle était, elle aussi, en ce domaine, et malgré tout, dans la plus grande nécessité du monde. Ce transport grisant, sans nulle pareille, que l'on vient surtout chercher en soi, et dont l'autre n'est que le support de fortune. Quel que soit son rang, sa race, sa teneur, sa qualité. Elle savait qu'il est vil de penser ainsi à être humain mais là il était question de réification, d'annulation de l'autre dans un regard par trop demandeur. On se figurait, jusqu'à en venir au sang, aux questions de la mort, de l'anéantissement, qu'on aimait quelqu'un au point de s'y annuler, de mourir en son nom, d'aller jusqu'aux plus grandes extrémités. On se dupait et on dupait l'autre à le faire, mais on n'y pouvait rien : la maladie s'est déclarée au contact du cher support, et l'état était irréversible, irrémédiable, jusqu'à ce que parfois il s'annule de lui-même, l'oméga destructeur mais factice, totalement fabriqué laissant place au vide initial, à une plus grande impression de vide que celle que nous connaissions avant que cet état de plus nous annihile.

lundi 25 janvier 2010

Gainsbourg, Max Monnehay, Chloé Delaume...

Yop yop yop le roman a fini par prendre sa forme quasi définitive, travail de Titan que de faire vivre décemment une centaine de personnages, trois styles d'écriture différents et une époque allant des années 70 aux années 2005. D'ailleurs c'est la dernière fois que j'en parle, parce que maintenant qu'il existe, le mieux c'est que les gens le lise. Il n'y a rien à dire autour d'un roman, d'un film, d'un tableau. Il faut lire, il faut voir, et basta.


Je me rend compte de la fragilité du statut de l'écrivain en prenant connaissance du "scandale" Max Monnehay / Gilles Cohen Solal. Monnehay pourtant, n'est pas un produit littéraire mais un vrai écrivain avec un style, des sujets -qu'on peut certes rapprocher d'Amélie Nothomb mais justement c'est déjà bien d'arriver à ce niveau là. Aussi j'espère que Max M. trouvera/a trouvé un autre éditeur, plus conscient de la pureté du talent de la fille que du potentiel commercial qu'elle peut dégager -il faut vraiment ne pas avoir lu Monnehay pour lui commander un recueil de nouvelles érotiques.

Dans le fait de vie littéraire Chloé m'a clouée en confiant qu'elle larguait les amarres avec son mari, par volonté de cohérence avec ce qu'elle a écrit sur l'autofiction.


Sinon, Lucien Ginsburg aka Gainsbourg me tourne souvent en tête et pour cause. Pas mal fan de Sfar, inconditionnelle de Gainsbourg, j'attendais ce film depuis un an, et forcément, il déçoit. J'en ai parlé et . Mais il marquée -beaucoup même. On peut se replonger à loisir dans le film via ce livre -qu'on m'a offert et qui est très intéressant une fois le film vu -sinon, avant le visionnage, c'est un spoiler absolu. Mais surtout le film donne envie de se replonger dans l'oeuvre immense du Serge, dans ses biographies : aucun film ne sera plus intéressant que la fiction que l'admirateur projette sur lui. Gainsbourg, c'est un peu l'idéal artistique absolu : compositeur, parolier, chanteur, acteur, écrivain, cinéaste, photographe, peintre, publicitaire. Quand je pense à une illustration vivante de l'intelligence, je pense à lui.

Sinon, 3515 ma vie, de retour depuis 13 jours dans la vraie vie, après 3 mois pas mal coupée du monde, malgré le travail, malgré les voies dites de communication. C'est un peu comme de rentrer de prison -quoi que bien sûr la prison ce doit être forcément pire. Mais il y a de ça. On retrouve les gens différents. On perçoit le monde avec une sorte de distance. On a passé 3 mois complètement ailleurs, et les autres, les si proches, les dits meilleurs amis ne s'aperçoivent pas de ce que cela a pu coûter ou modifier intérieurement. Ce qui me choque, c'est combien les gens peuvent suivre des schémas tous tracés, s'engourdir dans le matérialisme, être spectateur et non acteur de sa vie. Les projections fictives qu'ils puissent faire d'autrui. Je pensais cela à 12 ans et je le pense encore : comment peut-on concevoir comme idéal de bonheur d'être juste un pion parmi les autres, dans le ronron embourgeoisé ? Un idéal dicté par les publicitaires : couple, maison, bébé, consommation. Et en rester là. Et ne pas créer. Et assister aux créations des autres -être un jacky ou un bobo qui va au ciné, lit des livres, va aux concert, lit des revues sur les "personnes supérieures" -les "connus"- et continuer d'enrichir le troupeau.

Un ami m'avait dit : "La maison en lotissement c'est ce qui nous guette tous." Bah pas moi. N'ai jamais connu ce modèle chez mes parents ni mes grands parents. N'ai jamais eu de parents mariés, n'ai jamais su me contenter, pas plus à 10 ans qu'à 30, de superficiel, et ai toujours eu une répulsion du prosélytisme du conformisme, qu'il soit bourgeois ou non. Le plus drôle c'est que ce sont les plus trash -les anciens gros rebelles, car la rébellion est un conformisme de l'adolescence- qui se conforment le plus facilement et le plus rapidement.
La société est si conpressante qu'elle s'ingénie à tapper sur les clous qui dépassent. Les insoumis. Ceux qui ne se conforment pas. Comme elle est grande la pression sur celui qui ne fait pas comme les autres à l'âge où ça se fait.
Être par les schémas pré conçus et tout prêts ? Non merci. Être spectateur de la vie des autres -oh le beau livre, oh le beau film, oh le super concert, oh je suis à la mode- ? Encore moins. Ou plutôt : certainement pas.

Autre chose aussi : l'amitié est friable. C'est pas nouveau. Le vécu d'exception (d'exception ne veut pas dire génial mais bien hors norme) effraie. On ne choisit pas d'être orphelin, d'avoir vécu l'inconcevable, qu'il soit glauque ou sublime, d'avoir la vie de Polanski, Marilyn ou Bambou. Il est un seuil où l'oreille siffle. Les gens qui rentraient des camps, le baron d'Empin qui rentre de son rapt, on ne lui pause pas de questions. Car ce qu'ils pourraient dire pourrait faire mal. Peur surtout. L'irreprésentable de Bataille est le réél de certains. D'aucun me reproche de ne jamais me confier. D'autres tremble si, après qu'ils m'y aient convié, je raconte. Et une fois qu'ils savent certaines choses il font comme si de rien n'était car il leur faut se préserver. Je crois depuis longtemps que le plus périlleux est de se confier. Et contrairement à Garétta, ma chère ex prof, je ne crois pas que l'aveu ultime soit l'aveu sexuel mais l'aveu d'affect. Il y a quelque chose d pathétique dans cette société occidentale qui a substitué la psy (quel qu'en soit la terminaison) à l'amitié ou à la mystique. Ce n'est plus à l'ami ou à Dieu que l'on doit livrer sa sensibilité, ses cicatrices, mais à quelqu'un qui loue ses oreilles. C'est un exemple que Foucault utilisait pour illustrer l'aberration dans son Histoire de la sexualité. Je l'utilise pour la confidence, car la vérité n'intéresse ni vos amis ou votre famille. La société occidentale prône de se protéger, d'échapper à sa famille, aux autres, chacun pour soi et Dieu pour personne. Les occidentaux, pour la plupart, se voient pour échanger autour de la consommation (regarde la nouvelle voiture que j'ai acheté), leur nombril (regarde mes photos de vacances), leur boulot (oh je suis stressé en ce moment). Pour les classes les plus cultivées, c'est l'art qui s'ajoute à ça (oh j'ai vu le dernier film de Trucmuche). C'est plutôt vain, pas mal frustrant,mais s'ils appellent cela le bonheur, grand bien leur fasse, mais dans ce cas, ce sera sans moi. Du coup, en ce moment, à avoir une vie sociale, je préfère travailler à l'instant optimal, à la création, fut-elle vaine ou nulle, c'est autrement plus grisant que de chercher ailleurs si on y est. les tasses de thé, très peu pour moi.

Je crois que ma vocation depuis l'enfance c'est vieux ronchon à la Céline avec son Bébert. Car oui, les chats, c'est vachement important.