Il avait cet air impressionné qu’elle sut définir par la suite : cet air de crainte mêlée d’adoration, cet air qu’il empruntait automatiquement quand il se figurait être intéressé au point d’être amoureux. Cet air perdu, insane et ridicule à la fois. Ce factice des gens qui se mentent en premier lieu à eux-mêmes. Qui vivent d’expédients. De sentiments empruntés et recyclés à la fantasmagorie des romans à l’eau de rose et des films pornos s’emboîtant ou basculant à l’infini l’un dans l’autre. Ce transport infondé qui sustente l’être perdu, pétri d’ennui et de douleur, de désœuvrement et de vide. Ce transport qu’elle connaissait si bien pour l’avoir si fréquemment, à son détriment, inspiré. Ce transport qu’elle connaissait bien surtout pour l’avoir éprouvé, car elle était, elle aussi, en ce domaine, et malgré tout, dans la plus grande nécessité du monde. Ce transport grisant, sans nulle pareille, que l'on vient surtout chercher en soi, et dont l'autre n'est que le support de fortune. Quel que soit son rang, sa race, sa teneur, sa qualité. Elle savait qu'il est vil de penser ainsi à être humain mais là il était question de réification, d'annulation de l'autre dans un regard par trop demandeur. On se figurait, jusqu'à en venir au sang, aux questions de la mort, de l'anéantissement, qu'on aimait quelqu'un au point de s'y annuler, de mourir en son nom, d'aller jusqu'aux plus grandes extrémités. On se dupait et on dupait l'autre à le faire, mais on n'y pouvait rien : la maladie s'est déclarée au contact du cher support, et l'état était irréversible, irrémédiable, jusqu'à ce que parfois il s'annule de lui-même, l'oméga destructeur mais factice, totalement fabriqué laissant place au vide initial, à une plus grande impression de vide que celle que nous connaissions avant que cet état de plus nous annihile.


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