dimanche 13 juillet 2008

L'Attente by Karim C.


On dit souvent que l'homme qui attend patiemment reçoit le bénéfice de ce qu'il a semé. Les dictions sont sages mais ils ne reflètent jamais une réalité. La sagesse est un Art, le haute gamme de la philosophie. L'homme sage attend seul empiriquement mais la Raison du Sage est au delà de l'attente -c'est ce que l'on a perdu. Moi, je ne suis pas un sage, alors je passe ma vie à attendre. Quoi ? La fin de... tout. Chaque attente amène à une fin bien précise et connue. Ma vie est une Attente. Pourtant on ne pourrait le croire qu'elle gère ma vie. Tout moment de ma journée est une attente. Quand je suis assis dans les salles d'attente comme à l'ANPE ou aux ASSEDICS je regarde, je scrute et je délire, je croise les regards des gens qui attendent, ils sont là, pathétiques, ils espèrent accéder au guichet de Madame Assedic pour pleurer un maigre financement ou un CDD. Une femme de 40 ans avance au guichet, ronde, défraîchie, sûrement au chômage depuis X années. La secrétaire la dévisage d'un air froid, il n'y a rien à redire, tu n'auras rien. Et j'attends toujours assis pendant des heures à regarder les jeunes, les moins jeunes et les presque morts. Je fais partie des moins jeunes. Parce que je ne suis pas encore usé par l'attente mais je commence à la ressentir dans cette petite salle qui est mon 2ème chez moi. En sortant du lit direction la Grande Messe de la Recherche d'emploi et là commence les embouteillages, pas de chance mon autoradio est pété, mon diesel ronfle et les klaxons cadencent le mouvement de la circulation lente, fastidieuse. On attend tous collés cul à cul. Certains s'énervent, s'insultent, se braillent dessus, se klaxonnent parce que cela n'avance pas, je participe en injuriant. Ce sera l'un des seuls contacts humains de mes journées et il se fait dans l'Attente.
Pourquoi arriver aux ASSEDICS pour de maigres indemnités qui seront liquidées après avoir attendu dans la salle d'attente du dentiste parce que depuis 2 mois j'ai une forte rage de dents qui est insupportable mais j'ai peur de la fraise alors j'ai attendu d'aller mieux.? Raté. résultat une dent arrachée et une plombée. Peur, manque de courage, manque de Fric. L'argent. voilà mon problème et le problème de la société. tout le monde l'attend d'une façon hypnotique. Que l'on soit riche -pour le faire fructifier- pauvre -pour manger-. Il nous déconnecte de la raison. Il devient le maître de ma vie, de mon attente. La vie empirique l'emporte sur la Raison. Je ne peux être un sage parce que je mangerai pas de ma Raison. Alors j'utilise mes mains et je découpe des cuisses de poulet dans une usine. Boulot trouvé dans une boite d'intérim où je faisais le pied de grue. je suis habile de mes deux mains : je m'emmerdais tellement en cours que j'ai appris à me servir des deux avec une telle rage et dextérité que je suis devenu ambidextre indéniable. Comme j'étais déjà habile et que l'école m'ennuyait je n'ai pas continué plus haut que le Brevet des Collèges. J'ai tenté le CAP Menuiserie. prise de conscience soudaine de trop de travail donc arrêt du projet au bout d'une semaine et demie parce que mine de rien on se complaît dans l'Attente ou on ne la réalise consciemment pas. Je ne la réalisais pas à cette époque. Peut être étais je jeune ou con. Les poulets devant moi passent et se ressemblent comme les murmures et les minutes qui passent. Je pense déjà au repos que je vais prendre ce soir pour masquer mon ennui. Mon esprit vagabonde et j'observe pour pallier mon attente. l'homme face à moi ne me regarde pas il est concentré sur son travail, son regard simiesque ne brille pas par l'intelligence, à 1ère vue. Je l'interpelle. Le choc est direct, la connexion avec le cerveau se fait brutalement, la seule réponse qu'il trouve est un grognement parce qu'il vient de laisser passer un ou deux poulets. Sa barbe, sa stature et surtout ses arcanes supérieures lui donnent l'aspect d'un homme des cavernes alors je l'imagine frappant de sa massue sur une espèce de poule préhistorique et la manger directement, crue, comme le fait un fauve parce n'a pas encore appris à domestiquer le feu. je ris, ce petit délire m'a permis un bon petit moment d'escapade et le cycle infernal des machines me rappelle à la réalité et je m'aperçois que mes mains elles seules ont continué le travail, machinalement, sans ma raison. L'Attente est une machine, elle possède ses rouages. On l'apprend vite et elle ne se perd jamais. C'est un quotidien. On peut jouer avec l'Attente mais elle est juste derrière, c'est le plus souvent notre propre réflexion qui essaye de la déjouer. On se demande mais qu'est-ce que je pourrais faire pour passer ce moment ? alors on délire ou on communique ou on agit. Moi je fantasme. Me voilà arrivé à l'hypermarché non pas par envie mais par besoin; De toute façon la vie est surtout faite de besoin plus que d'envie. On ne profite plus : on a besoin. Le confort n'est plus quelque chose de secondaire mais un besoin. Et tout ira en empirant. On attendra et inventera toujours plus de besoins et personne ne pourra nous arrêter. C'est pour cela qu'il y a plein de monde à la sortie du travail dans les magasins. ils ont tous attendu la fin du travail pour être libres et ils se barricadent dans les endroits où ils attendront encore -comme moi. L'esprit commun. Et je fantasme... Je me vois déambuler à fond la caisse dans les rayons avec chariots à commande électrique en contournant les gens et les obstacles. Le jeu serait de faire ses courses et de payer le plus vite possible. tout cela pour gagner... "63euros53, s'il vous plaît". Je pose mon regard sur la caissière après avoir fait 30 minutes de queue, je la paie. Je rentre chez moi, toujours dans les embouteillages. La journée est presque terminée. L'Attente va bientôt finir jusqu'au lendemain matin... si je me réveille. Mais même ce jour là où je ne me réveillerai pas, qui me dit que l'attente sera finie ? Même le sage ne le sait. Et ceci est mon lot quotidien : l'Attente toujours elle et à tout moment, du matin au soir... et les nuits d'insomnies où je prends mon courage et je la défie... Alors je prends mon courage et la défie. Alors j'écris avec acharnement pour faire comprendre au monde ma vie. je la déverse sur ces quelques lignes que tu lis. tu attends comme moi un événement qui lance ton intérêt comme celui que j'attends dans la vie, mais tu rêves et tu as de l'espoir. Je veux que toi lecteur tu attendes aussi longtemps que moi comme un con devant une histoire où rien que de l'ennui s'installe et là tu comprendras ce que je ressens mais aussi ce que la plupart des gens ressentent dans leur vie de misère. "Métro boulot dodo est notre slogan, notre marque de fabrique que la société nous a donné. Je ne la blâme pas du tout de nous avoir fabriqués tels que nous sommes mais je pense que la révolution industrielle nous a esclavagés. Nos chaînes seront détruites quand Je et Nous prendrons l'attribut ultime de l'homme, la Raison. L'attente sera finie. Elle nous explosera en pleine face et la déflagration se propagera partout, dans le moindre recoin. Et ce jour là toi tu me liras plus, tu n'auras plus besoin de tromper ton attente en lisant telle ou telle connerie et moi je n'écrirai plus. Notre raison nous permettra de nous concevoir seuls. Elle nous amènera de la passivité commune de notre slogan à une individualité plurielle qui fera de nous une société aux bases solides et dignes. Notre société deviendra comme Dieu, unique, non commune mais individuelle. Parce que Dieu est unique en son Nom. Il n'est pas commun selon nos croyances personnelles, Son Nom est le même dans chaque religion mais on ne le vénère pas de la même façon et ces vénérations seront encore divisées par nos croyances propres, nos us et coutumes et notre éducation. Donc il deviendra individuel. Certains lui demanderont la gloire d'autres la paix. La vision de Dieu n'est pas commune mais individuelle et lui est unique. Moi, je l'implore et lui demande l'éclosion de ma raison et la fin de mon attente. je ne sais pas si il m'entend parce que j'ai toujours l'impression d'attendre. Mais peut-être que ce texte que je sème est la coquille de l'oeuf et que toi lecteur tu es l'oisillon qui percera la coquille. Élève toi !

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