"Ce qui compte, c'est la langue, l'écriture, la construction."
"Aussi. L’enfant avait un nom puisque la législation en vigueur imposait à ses géniteurs d’en faire déclaration à la préfecture la plus proche. Si l’enfant avait été un garçon il se serait appelé tout de suite. Mais l’enfant était contrariante. Elle tint obstinément tête aux aiguilles à tricoter, aux régimes alimentaires, aux prédictions scandées rebouteuse de rabais et aux influences de la lune. Le jour de l’expulsion les parents constatèrent avec dépit la présence incongrue du doublon chromosome et renoncèrent à tout effort d’appellation. Seul le personnel hospitalier sembla s’en émouvoir. En 1973, il n’était plus permis aux concepteurs d’enfants d’exposer leur produit au sommet de la butte aux Cailles ni d’un mont quelconque, ce que le père jugea peu pratique. Au matin du troisième jour la mère, songeant avec une nostalgie non feinte à cette époque bénie où les petons des niards pouvaient être transpercés pour décorer les branches des robustes oliviers, jeta un œil exaspéré au fruit déjà gâté de ses entrailles. Dans le lit à roulettes l’enfant criait souvent, espérant par là même rappeler à quelqu’un que lui faire ingérer un liquide nutritif eût été de bon ton. J’aimerais lui clouer le bec dit-elle en s’approchant l’oreiller à la main. C’est ainsi que la mère nomma Chloé la fille de l’aume parce qu’il est quand même grand temps de se décider Madame dit le pédiatre reprenez donc un Temesta."
Chloe Delaume, Le cri du sablier



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