lundi 28 juillet 2008

Le pacte autobiographique ?


Vu du ciel, comme dirait l'heureux Rey, la littérature française actuelle flirte avec l'autofiction, de manière plus ou moins heureuse. Selon Anne Garetta le pacte autobiographique se solde de l'Aveu, forcément sexuel -l'aveu sexuel étant, selon elle, l'aveu ultime. Pas d'accord. A mon sens, l'aveu ultime est l'aveu affectif (qui peut évidemment se coupler à l'aveu sexuel, mais pas forcément). C'est justement pour cela que j'aime C.D, car l'aveu ultime n'est pas celui de, par exemple, la pratique prostitutionnelle littérale, dans Les mouflettes d'Atropos, mais l'aveu affectif dénué de toute sexualité, n'en déplaise aux psys et grands penseurs philosophiques et littéraires, celui du Cri du sablier, qui est le point de départ de qui elle est, et je dirais même l'explication d'être de C.D l'écrivaine-personnage de fiction (l'écrivaine ne formant qu'un avec le personnage de fiction, question de survie). L'aveu affectif du cri est celui de l'amour porté aux parents, au père monstre, à la mère indifférente, l'aveu de la petite fille : parents morts tout deux dans un contexte extra ordinaire, contexte qui a lui seul aurait pu donner lieu à un ouvrage témoignage choc tel qu'on en voit 30 000 depuis quelques années ; du reste la thématique a été exploitée par une autre, absolument pas écrivaine, dans un écrit vain : Mon père a tué ma mère, de Leste Mess (du Loft 2).

Après le Cri C.D a commis 2 ouvrages consécutifs autofictionnels, allant jusqu'au bout de sa thématique-théorie autofictionnelle, pour ensuite s'attaquer à autre chose (Certainement pas, Transhumances, La nuit je suis Buffy Summers -entre autres bien entendu). Récemment elle est revenue à l'auto fiction pure, avec Dans ma maison sous terre, à paraître, et dans son blog fait état de l'expérience éprouvante qu'est l'auto fiction.

En effet l'auto fiction jusqu'au boutiste peut être périlleuse, pour une raison toute simple : l'interférence vie réelle et la mise en littérature de cette vie. La vie réelle est chaos, ses divers protagonistes poursuivent leur chemin en free style, les acteurs de la vie de l'écrivain sont encore là (morts ou vivants du reste) et viennent à se rappeler à son bon souvenir. Exemple dans le cas de C.D : tentatives de renouer avec icelle de la part de la famille (on peut être orphelin et de famille nombreuse). C.D étant plus intransigeante que moi par exemple, elle refuse tout renouement de lien (ce qui n'est pas mon cas, je suis orpheline certes, pas de père seulement, pour parler effectif ; de mère assurément seulement elle vit encore et de plus rien n'y fait je l'aime c'est là le drame mais arrêtons les larmes).

L'isolement comme la sublimation par l'écriture sont des questions de survie. Ma survie personnelle passe par l'écriture. Seulement. Justement... Alors que j'ai enfin digéré certains faits et que je suis enfin prête à la mise en écriture de ceux ci (par un roman à clé plutôt que par un ouvrage pleinement et intrinsèquement autofictionnel) les acteurs principaux viennent à se rappeler à mon bon souvenir.

A la base quand j'ai entamé ce fameux Projet R., j'avais idée que, publié ou non, mais surtout publié, ce ne serait pas une mince affaire que de dealer avec les acteurs de ce livre. Certains sont au courant, ou s'en doutent, mais cela ne pose pas problème. D'autres sont morts ou ne lisent pas de livres ni d'écrits tout courts (fussent ils des plus simplistes). D'autres encore ne sont plus aucunement en lien avec moi, et tenteraient ils de l'être en me réclamant je ne sais quel du, que je les enverrai paitre (de surcroit ils ont été de long en large et de long en larmes avertis depuis au moins 8 ans, que j'écrivais sur ma vie). Par contre, au delà de tout ça, il y a les innocents. C'est à dire ceux qui lisant l'écrit en pourraient être certainement affectés (je pense à une personne devenue personnage en particulier). Et même les bourreaux sont innocents quand ils n'ont plus la raison. Mais si la folie n'excuse pas la connerie ou la méchanceté.
J'ai bien malgré moi expérimenté ce clash réel-autofiction, je l'expérimente en ce moment même, c'est assez violent. Des pages que je croyait tournées, des distances que je pensais acquises, se sont pulvérisées. Par ailleurs, revivre certains faits réels par le biais de l'écriture, même si on prend toutes les précautions nécessaires -faire un roman à clé, ne pas publier sur le blog quelque chose qui puissent heurter ou concerner quelqu'un le lisant, dans mon cas- n'est pas de tout repos. Mais c'est quelque chose de nécessaire : pour la sublimation, pour les idées à générer. J'ai toujours écrit, c'est ma vocation, mon kif, ma bataille. On n'écrit jamais que sur ce que l'on connait, fut-ce des choses connues sur le mode fantasmatique. Avec le projet R. j'ai l'intention, avant tout, de faire un ouvrage littéraire, c'est vers cela que je m'oriente, et non var la psychanalyse ou le « ça fait du bien d'écrire tout ça » (car pour ce genre de choses j'ai mon journal intime ou les psy par exemple).
Cela dit, il y a autre chose. Je ne nie pas que je suis devenue cet être écrivant, écrivant de cette manière là, parce que j'ai vécu ces dites choses. Parce que quand la réalité dépasse la fiction, que d'aucuns des rares confidents soit peinent à croire que l'on dit vrai, soit sont heurtés par tant d'horreur, on finit par se retrancher ailleurs, et devenir véritablement un personnage de fiction.n
Dernière chose, si je saoule bien des gens avec C.D ce n'est pas par fan athéisme ou fanatisme, mais parce qu'aucun lecteur n'est neutre, encore moins lorsqu'il prétend écrire. La démarche de C.D me touche et pour cause -d'une part. D'autre part son rapport à l'auto fiction me semble époustouflant, même si je n'adhère pas à tout. Et pour finir, c'est l'écrivain le plus intéressant du moment. Un ami me faisait récemment part de sa préférence pour MBK, et pour cause : MBK lorsqu'il était encore écrivain, MBK que j'ai connu, fait état d'un autre type d'auto fiction qui se veut d expérimenter toutes les ressources de son corps (genre « tiens ça me fait ça quand je couche avec bidule, ou quand je me drogue, je vais aller jusqu'au bout du truc, au delà des limites de mon corps » -je caricature mais Mr Kacem n'est pas le dernier à caricaturer ou carrément mentir). Par hasard il se trouve que cet ami, qui n'a connu MBK que par les livres, se targue d'expérimenter la même chose, notamment dans son mode de vie. On n'est jamais un lecteur objectif, si littérateur soit on.
PS : ai simplifié certaines choses, mais par nécessité.

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