jeudi 12 juin 2008

Teaser

La maladie s’est déclarée de façon insidieuse, gagnant par palliers l’organisme psychique, neurone par neurone, synapse par synapse, pour finalement gagner l’organisme tout entier dans sa réalité psychique, extérieure. L’étiolement avait pour paradoxe de se présenter comme une spectaculaire amélioration d’être, dans l’énergie, l’aisance, la maîtrise de toutes les facultés –un éclat certain. En vérité/réalité un éclatement de la personnalité, une violente déflagration, effondrement de toutes les défenses précieusement acquises au fil de 24 ans. De ci de là les morceaux/décombres/débris se rassemblèrent comme la marche arrière d’une séquence/image filmique, se reconstituèrent. Cicatrisant, reliant les fibres de tissus de façon serrée pour former un ensemble certes homogène mais catastrophique car à vif et torturé. Mais rien de tout cela n’était visible. N’était perceptible qu'un semblant trompeur mais faisant parfaitement illusion de beauté, de syntonie.
Les symptômes étaient donc une formidable vitalité, dont la suite pourtant logique allait être l’hyperactivité puis un état maniaque. Une facilité soudaine à se sentir bien où qu’elle soit/fut, à créer des liens, à parvenir à ses fins, atteindre des buts qui jusqu’alors lui étaient restés hors de portée. De fait, l’état initial s’était prodigieusement inversé. La timidité s’était transformée en sociabilité, en adaptabilité, en capacité à manifester son être en harmonie avec le reste l’environnant. Sociabilité, aisance à prendre la parole en public, assurance, mise à disposition des acquis jusqu’alors handicapés, l’intelligence, la beauté qui jusqu’alors avaient été bridés. Emprise de la cocaïne auraient dit certains. Économie de cocaïne, auraient corrigé d’autres. Les autres avaient raison. C’était tout aussi intense que le 1er rail de cocaïne, avec pour différence que le déclin ne survenait pas -"pas encore" auraient prédit les autres, et ils avaient encore raison. C’était comme le plus haut d’un rail de coke en permanence. H 24. La cocaïne qu’elle n’avait jamais touchée et à peine vue. Elle était vierge de substance illégale, quelques broutilles mises à part. Elle ne buvait pas. Et sa tabagie n’avait pas débuté. Ce nouvel état allait déclencher justement son intense tabagie en hypothèse, entre autre sauterelles. C’était l’état le plus clean qui soit, rien à signaler dans les analyses, freudiennes mises à part. Hormis. Hormis qu’on avait touché au cœur symbolique et sanglant. Son inconscient avait été maladroitement manipulé, on avait laissé des trous béant, de vertigineux vides, déplacements des défenses. Et réaction en masse. Dérèglement. Des défenses de secours s’étaient mise en place. Urgence de rééquilibrer le tout. Sauver ce qui était sauvable. Maintenir une structure menacée. Faire ce qu’on pouvait. Et déclencher un état maniaque. C’était si bon et si dangereux. Elle ne se rendait compte de rien. Elle courait droit à sa perte. Comme le camé nouveau qui se sent si bien et semble si cool et en forme aux néophytes. Sauf que camée, elle n’était pas. C’était pire. Elle ne se rendait compte de rien. Elle se sentait bien mieux oui, tout semblait si facile, évolution soudaine dont elle n’avait pas relevé le changement. Car tout allait si vite, elle n’avait pas le temps de tout analyser, trop occupée à vivre.

1 commentaire:

Lenore a dit…

J'aime beaucoup ce texte et son écriture un brin organicité-décadente-démente.