Jeu de mots plus ou moins heureux sur Essence N de l'amour (de MBK) pour répondre à une question souvent posée sur d'autres pages web auxquelles je suis inscrite, à la mention "livres préférés". On écrit souvent dans la case un peu n'importe quoi, les 1eres choses qui passent en tête.
Dans ce post je vais donc sérieusement m'attarder à ce qui me tient vraiment à coeur, comme bouquins. Je ne suis pas une aussi grande lectrice qu'Antoine Macé, loin s'en faut, mais j'ai suffisamment à dire à ce sujet pour qu'il fasse justement l'objet d'un post.

Les essentiels, dont :
Vladimir Nabokov, Lolita : plein de digressions, écriture sophistiquée et plus que maîtrisée (écrit en anglais alors qui n'était pas la langue natale de l'auteur !). Virtuosité, le plaisir de l'écrit pour l'écrit, qui donne à voir des images, des sensation, la vivacité et l'acuité du regard, de l'humour. Il y a eu deux traductions officielles en français. Elles sont complémentaires. La 1ère est presque un ouvrage à deux car le traducteur s'est octroyé quelques libertés, laissant libre cours à son propre style et univers, les greffant à ceux de Nabokov jusqu'à la parfaite mixtion. Il n'en reste pas moins un ouvrage superbe. La plus récente tente de coller au mieux et de restituer parfaitement l'ouvrage original, mais cette trop grande fidélité et précision, travail de fourmi, n'est plutôt qu'un moyen d'accéder à l'oeuvre anglophone quand justement on ne maîtrise pas bien l'oeuvre de Shakespeare.
J'avais, à l'instar de Gainsbourg, appris par coeur le poème dit "Perdue Dolores Haze". La nouvelle traduction de ce poème est plus que décevante et perturbante.
"C'était la même enfant - les mêmes épaules graciles aux reflets de miel, le même dos souple et soyeux et nu, la même chevelure châtaine. Le foulard noir à pois qui ceignait son torse cachait à mes yeux de simien sénescent, mais non point aux regards d'une mémoire toujours vivace, les seins juvéniles que j'avais caressés un jour immortel. Et, telle la nourrice d'une petite princesse de conte de fées (disparue, enlevée et découverte enfin, dans des haillons de bohémienne à travers lesquels sa nudité sourit au roi et à ses lévriers), je reconnus sur son flanc le signe bistre d'un minuscule grain de beauté. Hagard et extasié (le roi pleurant de bonheur, les trompes sonnant en fanfare, la nourrice ivre morte), je revis l'adorable courbe rétractile de son abdomen, où s'étaient jadis recueillies mes lèvres descendantes, et ces hanches enfantines où j'avais embrassé l'empreinte crénelée laissée par l'élastique de son short - dans la fièvre de cette ultime et impérissable journée, derrière les Roches Roses. Les vingt-quatre années que j'avais vécues depuis se fondirent jusqu'à n'être plus qu'une flammèche imperceptible, qui palpita un instant et s'éteignit."

La vie devant soi, de Romain Gary, écrit sous la fausse identité d'Emile Ajar. Le propos est superbe. Le contexte glauque de l'histoire est dépeint avec un incroyable humour, un style volontairement maladroit plein de néologismes. Ce n'est pas "je me complais à décrire le glauque en m'y vautrant" comme Hubert Selby Jr (que j'adore, par ailleurs), c'est le contraire. C'est beau, c'est pur, c'est frais, c'est joyeux, plein d'espoir. A mon sens Romain Gary n'a jamais aussi bien écrit qu'en étant un autre, comme régénéré par un nouveau soi fictif qui lui donnera l'occasion de prolonger la fiction jusque dans le réel. Du même Ajar, Gros Câlin vaut son pesant, mais le message véhiculé est plus abouti dans La vie devant soi, message qui se résume aux derniers mots à double sens : "il faut aimer".
Citations :«Les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant.»
«C'est toujours dans les yeux que les gens sont les plus tristes.»
«C'est pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur.»
«Plus on a rien et plus on veut croire.»
Extraits :
"La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines."
"Le docteur Ramon est même allé chercher mon parapluie Arthur, je me faisais du mauvais sang car personne n'en voudrait à cause de sa valeur sentimentale, il faut aimer."
"Les gosses sont tous très contagieux. Quand il y en a un, c'est tout de suite les autres. On était alors sept chez Madame Rosa, dont deux à la journée, que Monsieur Moussa l'éboueur bien connu déposait au moment des ordures à six heures du matin, en absence de sa femme qui était morte de quelque chose."
A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, Hervé Guibert. Roman à clefs, au bord
de l'auto fiction, qui décrit l'entré du sida dans la vie de l'écrivain, maladie dont il mourra, avec, comme invités involontaires et prestigieux Michel Foucault (sous le nom de Musil) et Isabelle Adjani (Marine) qui en prennent pour leur grade. Le style de Guibert est sophistiqué, le propos n'épargne personne... même pas lui même, même si il tend via ce style, et ceux qui suivront, comme bon nombre d'écrivain, à s'assurer une légende post mortem et qu'il est donc à part des autres "protagonistes". Un des travaux les plus intéressants dans le domaine d'écriture de soi. Hervé Guibert était aussi journaliste, photographe, scénariste, vidéaste.
de l'auto fiction, qui décrit l'entré du sida dans la vie de l'écrivain, maladie dont il mourra, avec, comme invités involontaires et prestigieux Michel Foucault (sous le nom de Musil) et Isabelle Adjani (Marine) qui en prennent pour leur grade. Le style de Guibert est sophistiqué, le propos n'épargne personne... même pas lui même, même si il tend via ce style, et ceux qui suivront, comme bon nombre d'écrivain, à s'assurer une légende post mortem et qu'il est donc à part des autres "protagonistes". Un des travaux les plus intéressants dans le domaine d'écriture de soi. Hervé Guibert était aussi journaliste, photographe, scénariste, vidéaste.Extrait "[...] la mort me semblait horriblement belle, féeriquement atroce, et puis je pris en grippe son bric-à-brac, remisai le crâne de l’étudiant en médecine, fuis les cimetières comme la peste, j’étais passé à un autre stade de l’amour de la mort, comme imprégné par elle au plus profond je n’avais plus besoin de son décorum mais d’une intimité plus grande avec elle, je continuais inlassablement de quérir son sentiment, le plus précieux et le plus haïssable d’entre tous, sa peur et sa convoitise. "


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