mardi 10 juin 2008

A paraître

C'est difficile de ne plus aimer. De fait, ça n'existe pas. On ne cesse jamais d'aimer. C'est notre esprit qui décide un jour d'injecter à la mémoire référentielle une dose d'oubli anesthésiant. On n'y pense plus vraiment comme on l'a vécu, la chose est faussée ou entre parenthèses. On finit par repenser à cette personne, à notre relation, en contournant soigneusement le cœur même de l'histoire, encore battant, encore sanglant. C'est quelque chose qui finit fatalement par se produire, car soit on est obligé de nier ces liens et ces sentiments, soit on meurt, d'une façon ou d'une autre. On prend la petite case dans le cerveau, celle qui contenait notre histoire, et on la coche, on l'annule. Elle est encore là mais sa présence ne nous est pas communiquée. Alors on se sent plus ou moins apaisé et tranquille. On se dit : je suis sorti d'affaire. Quand vous aimez quelqu'un qui n'est pas de votre famille, c'est quasi obligatoire. Ni le temps ni les circonstances ne remettrons la personne sur notre chemin. Et cette personne peut fuir et nier à son aise. Vous devenez pour elle une abstraction. C'est bien plus difficile quand la personne fait partie de votre famille. Car elle est en vous, il y a quelque chose… comme… quoi… du sang en commun qui coule dans vos veines. Et puis si ce n'est ça il y le nid encore chaud où vous étiez l'un contre l'autre, ces souvenirs si vieux qui semblent être impossible de retenir. C'est quelque chose qui va en deçà du praticable.
En fait, on ne cesse jamais d'aimer. On apprend juste à ne plus souffrir de cet amour. Et l'amour et la souffrance existent encore, mais notre esprit est si fort qu'à la mode de la méditation asiatique il peut en faire fi et nier l'existence de l'amour, et nier la douleur de sa plaie sanglante.
Je me souviens de tout ce que j'ai vécu avec lui. Mais j'évite d'y penser. Et quand j'y repense c'est vaguement, comme on revisionne avec indifférence un de ces films qui jadis vous terrorisait, enfant. Il n'a plus ce pouvoir sur vous. Mais vous restez précautionneux, vous évitez de toucher du doigt cet endroit du cerveau où de l'immatériel risquerait de vous faire encore si mal. Vous l'effleurez, juste. Et vous vous contentez de penser : tiens je ne ressens plus rien. Il le faut bien.
J'aimerais penser que c'est de trop de douleur qu'il a cessé de m'aimer. Une douleur bien différente de la mienne. Ou je pense, plutôt, que c'était de l'impuissance. Qu'il n'a aimé qu'une abstraction, un rêve qui pour lui s'est tout naturellement envolé. Car le voudrait-il qu'il ne pourrait pas. Il a été fait avec cette incapacité de profondeur du cœur. Il ne peut pas. Il n'éprouve pas. L'amour intense qu'il a pu un temps ressentir ne laisse pas plus de trace en lui que l'eau sur les plumes d'un canard. Ni la joie ni la douleur n'existent pour lui, ce ne sont que des transports de plus ou de moins, si brefs, avant qu'il retourne dans la morosité qui fait son quotidien, cette espèce d'absence de lui-même, d'indifférence à tout, avec laquelle il mourra comme il était presque né. Il a une grande capacité d'oubli et de refoulement… D'ailleurs il a presque oublié d'exister lui-même. Amant fulgurant de chimères, il n'aura été que le fantôme de sa propre vie, et ce jusqu'à ce que son cœur glacé et indifférent ne cesse enfin de battre...

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo! C'est cool!

Lenore a dit…

Joli texte, qu'il me semble avoir déjà lu sur ton myspace d'ailleurs. Mais euh, pourquoi tant de libellés? J'avoue m'y perdre un peu!

Lenore a dit…

Joli texte qu'il me semble avoir déjà lu sur ton myspace. Mais pourquoi tant de libellés ? J'avoue m'y perdre un peu...