samedi 27 septembre 2008

Le prince a les yeux bleus (Extrait 4)






Vue du prince

Rose avait le caractère ombrageux, hautain et colérique. Du jour au lendemain P., qui avait peur de tout se trouva pris au piège. Il cohabita officiellement avec elle. En pratique, il ne faisait que la croiser, évitant tout contact. Rose s’insurgeait et ne comprenait pas pareille variation : pourquoi la passion s’était donc ainsi tue, pourquoi le comme avant avait il disparu. P. prit sur lui pour ne pas être un monstre mais la guerre éclata déclarée par Tina. Ego versus ego, le demoiselle était, il faut le dire, caractérielle. La plaie de la relation s’infectait de jour en jour à coups de œil pour œil, à coups de dent pour dent. Rose sortait avec le frère pédéraste P. le lui reprochait : elle était enceinte non, c’est ce qu’elle voulait, il fallait donc un temps réfréner les sorties, l’étourdissement permanent, rester entre les murs. A cela Rose opposait une colère sans entraves, et de claquer la porte, de caresser son chat, revenir, proférer des insultes, sa seule spécialité en grande volubilité -lors les mots qui font mal. Elle était la première à dire que certains mots font plus mal que des coups et la première à utiliser ce type de mots. Empiriques paroles passant du retranchement à l’indécente exposition de l’affect tout cru dans ce qu’il a d’obscène et de plus pulsionnel. Paroles meurtrières, têtes chercheuses de l’endroit où abattre au sein de l’adversaire surtout s’il est aimé -stratégie suicidaire. Un soir elle asséna un alcoolique minable. " Alcoolique, peut être ! Mais minable : jamais ! " Le frère s’interposait, prenait soin de l’icône.


(photos : Anonyme, Tina Aumont, 1968 / LOVERS: Terence Stamp with Jean Shrimpton)

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